Rencontre avec Fanch Le Péru au Café de la Gare
à Kerauzern dans le pays du Trégor (Côtes d'Amor)
À travers ce reportage à Kerauzern, un petit village des Côtes d'Amor, je vous propose de visiter l'estaminet du Café de la Gare et surtout vous faire rencontrer le propriétaire des lieux: Fanch le Péru.
Texte de Luc Decroix



Fanch Le Péru nous ouvre la porte de son café.

Beaucoup de surprises nous attendent...
Suivez le guide !

        Fañch Le Péru est un écrivain de langue bretonne. Il est né à Ploubezre (Côtes-d'Armor), dans le Trégor, en 1940.
        Il a été longtemps professeur à Tréguier où il s'est également occupé du Cercle Culturel Ernest Renan. Il a écrit de nombreux articles dans des revues de langue bretonne telles que : Brud, Ar Falz, Pobl Vreizh. Il a été maire (UDB) de Berhet (Côtes-d'Armor) de 1983 à 2001.

        C'est là, dans ce petit village en dessous de Lannion dans les Côtes d'Armor qu'Alain Vorimore, mon beau frère, nous invite à rencontrer Fanch Le Péru, son ancien collègue de travail. Il est professeur à la retraite et écrit encore des livres en breton, mais aussi en français. Alain voulait me le faire rencontrer car il désirait m'aider dans mes recherches concernant les jeux traditionnels. Je m'attendais, certes à découvrir des nouveaux jeux, mais j'ai pu également mesurer l'impact que ces jeux ont laissé dans la mémoire.
        C'est donc à Kérauzen, à 5 kms de Plouaret et 7 kms de Ploumilliau, à l'ancien café du village: "Café de la Gare" que nous rendons visite à notre hôte qui ouvre pour l'occasion son estaminet.
        Dès notre arrivée, Fanch montre un plaisir certain à nous recevoir. Je comprend de suite, que bien plus que des informations, c'est avant tout un personnage qui vient à notre rencontre. Pas besoin de poser de questions, les mots abondent, ils nous envahissant, l'accueil est généreux.
       

Fanch nous invite pour un beau voyage. Il va nous transporté, ailleurs, dans un bonheur immense.

Préambule:
        Le 12 Juillet 1956, la sixième étape du Tour de France, Angers-La Rochelle, se termine. Le poste de la TSF transmet les résultats. Alors tout gamin, Fanch le Péru les note sur une petite affiche envoyée par Ouest-France à tous les dépositaires du quotidien. Y figurent les mentions: "Tous les commentaires des envoyés spéciaux et les photos de l'étape transmises par par notre service téléphoto." Ce jour là Poblet arrive le premier en 4 h 14 mn et 56 s. Le petit Fanch punaise l'affiche sur la porte extérieure du café de la gare à Kerauzern entre Ploubezre et Plouanet. "Tout le monde venait s'informer car à l'époque, il n'y avait pas encore de transistor et très très peu de télévision"
        Là en 1938, Madame Péru vendait déjà l'Ouest-Éclair. A l'intérieur de l'estaminet, sa mère derrière le comptoir sert les clients, essuie les verres. Sur les étagère, entre un grand miroir se tiennent les bouteilles de zinzano, de Dubonnet  de Byrrh, du vin rouge  baigne dans des bouteilles étoilées. Une publicité vante les mérites de la liqueur des Pères Chartreux.
        "Tous les trains s'arrêtaient à Kerauzern, le chef de gare, les chauffeurs venaient boire un coup au passage. Souvent un couple passait plusieurs heures dans le café en compagnie d'un chien. Le chien prenait aussi son coup de rouge."

Sur l'enseigne du café de la Gare, nous lisons "Grappe Fleurie": C'était la marque d'un vin rouge du coin (Société Guével à Pleyber-Christ dans le département voisin du Finistère, filiale du groupe bordelais Castel). Un vin dit d'épicerie ou de table. Comme sur la photo, de nombreux débits de boissons de la région arboraient une enseigne citant cette marque (sans doute avait-elle contribuée à la réalisation de l'enseigne en bois à l'époque). Sur les route de la région, on croisait également souvent des camions de transport de boissons "Grappe Fleurie" même sil ne livraient pas seulement que du vin et cette marque.
Merci  pour ces précisions apportées par Patrick LE ROLLAND

        Même si le café est fermé au public, ce lieu semble encore vivant. Les odeurs, le vieux comptoir, les présentoirs, la lumière, la cabine téléphonique, les verres posés sur le comptoir, incitent à écouter les explications que Monsieur Le Péru nous donne. Fanch nous raconte son histoire dans ce lieu chargé de souvenirs.
        Et lorsqu'il nous montre une photo de lui avec sa mère, son grand-père, nous comprenons alors combien ce lieu est important pour lui, combien les choses qui sont présentées dans ce lieu, font partie de sa vie. De suite nous sommes saisis par la beauté tranquille et naïve de ces collections de souvenirs qui deviennent aussi un peu les notres. Plus il nous montre d'objets, et plus c'est un monde fait de choses simples qui nous ramènent à notre propre enfance.
        Dans ce contexte, il ne m'est pas facile d'oser interrompre notre guide, de lui couper la parole et même ses silences, pour lui demander l'autorisation de prendre des photos. Comme par respect et aussi pour éviter de rompre la magie des lieux, je lui montre mon appareil et je sens simplement par son sourire que c'est possible de prendre des images. Pour ne pas perturber la visite, j'évite les flashs. L'appareil numérique dont je dispose me le permet
        La maman du petit Fanch tient aussi une petite épicerie. Elle vend du bouillon Kub, du chocolat Suchard, des gâteaux Filet Bleu, du savon de Marseille.... 






        Sur le comptoir grince un moulin à café juste en face d'un tourniquet à cartes postales. A hauteur d'enfant, des bocaux de sucrerie avec de magnifiques couvercles en verre près d'une boîte de Carambar. "Les écoliers appelaient ma mère, grand-mère Bonbons".
        A gauche du comptoir : de la quincaillerie, de l'épicerie, de la mercerie, du tabac, de l'essence à briquet, des vieux bonbons, des cartes postales, ...
        Nous sommes maintenant invité à monter à l'étage. Par le petit escalier de bois nous gravissons les quelques marches qui nous rapprochent d'autres surprises.




Ici sur un présentoir, des jouets "faits maison": Echasses, avion bi-plan, voiliers, etc...

Chez Fanch : Un musée du jouet



Une petite brouette remplie de vielles quilles en bois ....

        Au premier étage de la petite maison, un musée de jouet nous attend dans une pièce ainsi qu'une collection d'objets utilitaires dans une autre.
Je m'attarde davantage sur les jouets car ils demeurent l'objet principal de ma visite.
        Dans un premier temps je visite du regard un amalgame d'objets que nous connaissons pour certains, puis après quelques explications de Fanch nous comprenons l'usage de chaque chose détournée. Si nous nous régalons de voir les jeux de société de notre enfance, nous recherchons l'usage des jouets qui nous semblent familiers mais qui restent vagues dans notre esprit car nous avons oublié leur usage.
- "Ah oui, je me souviens, il fallait..."
-
"Par chez nous, nous avions a peu près la même chose mais..."

Des jouets faits de bâtons. De gauche à doite:
Un cerceau à faire tourner avec un bâton et une ficelle, une brouette faite d'imagination, Un arc fait dans du noisetier, un cheval à mettre entre les jambes pour des courses poursuites, une crosse de bois pour faire du Hockey.

"On en a fait des parties avec ces jeux là..."



Une balle faite d'un caillou, enroulé de gros élastiques.



        Lorsque Fanch relève le couvercle d'une vitrine c'est tout un petit monde fait de petits objets qui prennent vie au fur et à mesure qu'on les découvre.
        De la simple bobine de fil qui tourne au bout de son clou ou la petite bille de terre cuite, mille choses renaissent et on se sent bien dans cet univers partagé avec les autres visiteurs.
        Chaque objet peut être raconté par notre guide qui n'est pas avare de traduction en breton. Il est vrai que la langue bretonne image admirablement les mots.

        Ce qu'il y a de formidable c'est que ces jouets sont laissés aux enfants lors des visites pédagogiques des classes. Tous ces objets ont appartenus ou servis au propriétaire des lieux et quelquefois ils ont été réinventés de la manière d'autrefois pour pallier à leur usure ou leur disparition.
"ces jouets étaient fabriqués par les enfants, leurs parents ou les artisans du coin".
        Ils sont attendrissants, comme le sont les osselets et les toupies.




Lance pierres, Pistolets, Sarbe à canne
Un pistolet à eau en bois...




Souvent réservé aux filles: le jeu des osselets en os véritable.



Dans la vitrine aussi, une belle collection de vieilles toupies de bois avec des axes en acier. La vitrine se referme maintenant pour mettre à l'abri du temps ces trésors.


Une pétoire... L'orifice est bouchée et lors de la compression du piston, une déflagration se fait entendre quand le morceau de bois évidé libère l'air par la pression exercée.



Dans la pièce voisine des objets utilitaires semblent nous réapprendre la patience, le temps...



        Nous oublierons vite les photos exposées qui n'appartiennent qu'à la Famille Le Péru et qui ne peuvent pas prendre vie ici sur cette page numérique.

        Biensûr, j'aurais pu prendre le temps de les photographier pour vous montrer comment on s'habillait avant, comment, malgré la profession de son père, ce gamin était le moins chaussé, comment les filles étaient habillées pour ce rendre à l'école....

        Mais ces photos, on ne les regarde pas, on les raconte et qui pourrait mieux le faire que la personne qui leur a donné vie en figurant dessus...

        À l'étage de l'estaminet, une petite chambre avec un bureau d'écolier. Des buvards retiennent le temps, un compas en bois dans un plumier voisine avec un porte plume, il me semble retrouver le parfum de l'encre que l'on versait chaque matin dans l'encrier. Voilà le catalogue Manufrance et ces mille gravures. Dans la pièce voisine, c'est Noël. Des jouets en bois l'habitent, un camion, une grue, une batteuse, des chevaux, un pressoir à mûres....


Chez Fanch : C'est aussi un musée vivant des jeux traditionnels bretons


        Nous descendons maintenant de l'étage et nous traversons une pièce où sont présentés les jeux traditionnels bretons des Côtes d'Amor.
        Je connais la plupart des jeux, mais je suis ravî qu'un habitant du secteur et un connaisseur comme Fanch puisse me présenter ces jeux à sa manière. Le nombre de jeux n'est pas important mais l'authenticité est enivrante. Personne n'ose demander si on peut jouer avec mais je suis sûr que c'est possible (une autre fois sans doute).
        Ce qu'il y a de formidable avec tous ces jeux c'est que notre ami Fanch nous les fait revivre sans y toucher, il raconte leur histoire, l'histoire qu'il en sait ou celle qu'il a vécue.


LE JEU DES ANNEAUX

LA TOUR DE BABYLONE

        Voici un jeu inattendu que je ne connais pas. Si la règle est simple et évidente, il m'apparait intéressant de trouver sous cette forme un jeu de cette taille et qui répond à un souci d'adaptation aux enfants. Je suis sûr de surprendre mes amis picards quand je leur raconterai. Eux qui s'émerveillent de tout, s'ils étaient venus, je crois bien qu'ils auraient insisté pour y jouer.

        Voici le jeu dénommé "la tour de Babylone". Il s'agit de se mettre les pieds joints, de poser à terre la tour de Babylone, représentée par un morceau de bois, de l'éloigner le plus possible des pieds, de la soulever avec l'aide de 2 autres bâtons et frapper dessus pour la chasser. C'est celui qui s'en écartera le plus en réussissant à la soulever et la frapper qui aura gagné.


LE BOULTENN

LE BIRINIC

LE TROU DU CHAT ou PATIGO



Pour jouer au boultenn:
        Il faut chasser les boules en place sur le morceau de bois et essayer de les remplacer par la boule lançée.
        La boule chassée vaut 1 point, mais celle du milieu 2 points. Inutile de vous dire qu'une boule chassée et remplacée par une autre vaut un nombre de points importants.

         Ce n'est pas la première fois que je vois ce jeu du Birinic, mais c'est la première fois que je le vois sous cette taille (environ 120cm pour une surfaçe de plateau plutôt grand (70cm x 70cm). Les petites quilles sont fortement espacées.


        Jeu Simple et facile, il faut faire passer la boule ou quelquefois le galet de pierre dans le trou de chat.
        C'est celui qui s'en écarte le plus qui gagne.
Le morceau de bois est maintenu en place par de tiges de métal solidement enfoncé dans le sol.
        Dans le nord de la France, ce jeu est ressemblant au Trou Madame où ce sont des palets de bois qui doivent pénétrer dans plusieurs trous au choix.


BOULES BRETONNES

JEU DE GAILLOCHE
OU GALOCHE

LE KILHOU KOZ



        Des belles boules bretonnes en bois, en pierre, en acier, en bois clouté, en synthétique. La plus belle de toutes est cette boule de bois plombée avec 5 plombs à 5 endroits différents. Cette boule était très utilisée du côté de Morlaix.
         Nulle doute que l'ancien propriétaire devait maîtrisé cette boule pour lui faire faire des figures intéressantes.

        Il faut faire tomber la pièce en faisant basculer la quille de bois mais sans l'éloigner de trop de ses propres palets.
        On remarquera la grandeur excessive des palets.


        Ce jeu extraordinaire et vraiment particulier pouvait se jouer avec des galets. Le but principal n'est pas comme dans d'autres jeux de quilles d'en faire tomber un maximun. La quille du milieu, la plus grande, valait plus de points.


JEUX DE FORCE

 


        Il est a noté que ce jeu est encore bien vivant dans le Trégor. Pouldouran dans les Côtes-d'Armor est à lui seul un véritable conservatoire des jeux trégorois.

        Une variante du jeu avec l'ensemble de bois à gauche sur la photo. Dans ce jeu précisemment, les joueurs étaient assis les pieds devant en s'appuyant sur la même planche (Bâton par le bout). Les joueurs jouaient en équipe, mais seuls 2 candidats saississaient le bâton. Les partenaires tiraient celui qui saississait le bâton par les jambes, la taille (écartellement assuré !)

Avec le bâton droit on jouait au Bazh yod (Jeu du bâton à bouillie).


PALETS BRETONS
   


        Des palets pour jouer au jeu de la grenouille (à gauche) ou à d'autres jeux de palets bretons, il semblerait que chaque village, chaque forgeron de village avait ses propres règles et dimensions de palets. Ce sont là des petits et grands palets du pays du Trégor. Souvent les palets sont des simples rondelles qui ne demandent pas d'ajouter la puissance à l'adresse.

        D'autres palets servent dans les Côtes d'Amor à jouer sur route (une cible est dessinée le plus souvent à la craie)Palets pour jouer au jeu de la grenouille (à gauche) ou à d'autres jeux de palets bretons, il semblerait que chaque village, chaque forgeron de village avait ses propres règles et dimensions de palets.
        Ce sont là des petits et grands palets du pays du Trégor. Souvent les palets sont des simples rondelles qui ne demandent pas d'ajouter la puissance à l'adresse. D'autres palets servent dans les Côtes d'Amor à jouer sur route (une cible est dessinée le plus souvent à la craie).


LE BOULOU-POK
   

        Il est présenté dans le musée de Fanch une pièce rare et unique : un palet de Boulou-pok. C'est un palet de buis dans lequel on coule du plomb formant une semelle. malheureusement j'ai oublié de le prendre en photo. Je m'en veux... C'est à Guerlesquin qu'a lieu chaque année lors de Mardi-gras le championnat du monde de ce jeu très particulier.
        Outre le jeu par lui-même qui est particulier, ce sont les habitants dont la façade est exposée au Sud qui affrontent ceux dont la façade est exposée au Nord. On y joue un peu comme on joue à la pétanque... , pardon comme on joue à la boule bretonne.
        A ce propos, j'ai vue en Bretagne des boulodromes exclusivement réservés à la pratique de la boule bretonne.
        Des personnes m'ont affirmé que l'on ne jouait pas qu'à la boule bretonne mais aussi aux jeux de palets. Il semblerait que l'on ne joue à certains jeux bretons qu'à des périodes bien précises sur le calendrier.


Photos empruntées sur le site de la Commune de Guerlesquin: une visite s'impose : http://www.guerlesquin.fr/fr/championnat-du-monde-de-boulou-pok.php
Le comité du Bouloù Pok adhère à la confédération F.A.L.S.A.B., pour en savoir plus sur les jeux traditionnels de Bretagne : www.falsab.com


DANS L'ATELIER D'UN SABOTIER

    Lorsque Fanch, notre guide, nous emmène dans la cour que nous traversons rapidement. Son pas est pressant et il s'arrête maintenant devant une vieille porte de grange. Il se retourne vers nous, scrute nos visages et d'un air malicieux il pousse la porte... Nous entrons dans une salle obscure.
        Fanch enclenche, un à un, de vieux interrupteurs en porcelaine et quelques ampoules électriques qui pendent au plafond éclairent progressivement différents coins de la pièce. Notre vue s'adapte peu à peu à cette atmosphère, et nous découvrons un lieu magique. Mille trésors nous sont offerts.
        Je ne me doutais pas que la plus belle des surprises nous attendait: un atelier de sabotier. Durant la visite, Fanch nous a parlé du travail de sa mère dans l'estaminet. Il s'était bien gardé de nous dévoiler le travail de son père : sabotier, le métier de son père et de son grand-père.
        Sur le plus grand mur, des dizaines de sabots de toutes les tailles.
        Au milieu de la pièce, une grande machine outil à tourner les pièces de bois qui devriendront sabots.
        Cette machine est venue aider le sabotier au début du siècle, elle ne remplacait pas pour autant le savoir faire de l'artisan.


        Ces machines, en parfait état de marche, rendent l'atelier vivant et les visiteurs sont impressionnés par le lieu.
         Dans un coin de l'atelier, un billot de bois sur lequel est fixée une grande serpette à bois qui sert à tailler les sabots à la main.

     

        Si d'autres machines plus modernes viennent garnir la pièce, on pense à ces générations de sabotiers qui se sont succèdés de père en fils et qui d'un seul coup, malgré la modernisation et les meilleures conditions de travail, ont du tout arrêter, faute de demandes.
         Les chaussures de cuir ont remplacées les sabots et les galoches.


 

 

Dans la vitrine de l'estaminet, sabots et galoches viennent simplement témoigner de cette époque.

        Dans le café, je me souviens alors d'avoir vu dans une vitrine tous ces sabots et toutes ces galoches qui semblaient inoxérablement annoncer la fin de cet artisanat, en même temps qu'il annoncait la fermeture du café.

        Il y a quelques années les trains de paris s'arrêtaient encore de l'autre côté de la rue à la petite gare.
         Une petite consolation, le bruit des trains est encore présent mais les trains ne s'arrêtent plus.


         Le passé, notre guide en parle sans nostalgie, pas de plainte, pas de regret. Nous pensons maintenant prendre congé de notre hôte mais il nous invite à passer dans la cour et à nous asseoir autour d'une table couverte d'une toile cirée, sortie du passée, mais encore en bon état. La toile est cloutée par des pointes de cordonnier sur le pourtour d'un plateau de bois. Même le vent ne semble pas pouvoir prendre d'emprise sur cette époque de l'autre siècle. Et nous ne désirons vraiment pas voir s'envoler ces trésors.
         Sur les petits bancs de bois étroits nous attendons notre homme qui revient de la cave avec une bouteille de cidre d'une main et des jolies bolées de l'autre. Le cidre est fait maison bien sûr, et à ce moment précis, je me dis que pour rien au monde je ne céderai ma place. Si ma femme est là, à mes côtés pour partager ce bonheur, je regrette que mes enfants ne puissent vivre ce moment.

      Je sais qu'il me faut maintenant retenir, pour la mémoire collective, tout ce que je viens de vivre. C'est pourquoi je vous propose cette page numérique pour vous inciter à rendre visite, si vous le pouvez, à cet homme ordinaire et pourtant si extraordinaire.
                Merci à toi, Fanch,
                                fils et petit fils de sabotier...
                                                ... ta mémoire est belle car tu sais la partager ...
                                                                                                                        Texte et photographies:
                                                                                                                                              Luc Decroix