Et comme il s’agissait d’un « jeu » de « gueux », il en est fait peu référence dans les récits des nobles et des lettrés. Heureusement, comme pour le Carnaval, les autorités bien pensantes l’interdisaient régulièrement et de nombreuses ordonnances témoignent de la pratique ancienne de la choule. Parce que ce « jeu » se pratiquait un peu partout autrefois : on en trouve des variantes en France même, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Italie, ... On dit que la choule est l’ancêtre du rugby et du football. On croit que le « jeu » a été inventé en France et importé en Angleterre par Guillaume le Conquérant, qui n’était ni Celte, ni Franc, mais Normand. Mais on croit aussi que le « jeu » a été inventé par les anglais qui, à une autre époque, celle de la guerre de Cent ans, l’on importé en France. On croit aussi l’inverse, bien C'est un jeu, dit-on. Drôle de jeu, qui se déroule au centre d’une forêt de symboles. La période d’abord. A cheval sur un cycle de 40 jours, qui nous conduit d’une festivité à une autre, celle « grasse » du Mardi, le bien nommé, à celle pour laquelle on sacrifie – 40 jours plus tard – l’agneau pascal. Cycle qui nous conduit d’une absence de lune à un trop plein de lune ou, plus prosaïquement – d’une nouvelle lune à une pleine lune. Autre symbole, trivial celui-ci, à Tricot, le choulet est assimilé à un sexe, verge et testicules compris. Et de se placer l’objet à l’emplacement idoine avec force plaisanteries et paillardises qui visent plus particulièrement – c’est évident - les jeunes femmes. C'est un jeu, dit-on. Drôle de jeu qui mobilise un village entier, pour seulement quelques heures dans l’année, parfois même moins d’une heure (dans le cas où le choulet est lancé dès le Mardi-gras, au-dessus de l’un des deux toits). S’il s’agit vraiment d’un jeu, pourquoi ne pas s’y adonner pendant les quelque 8 700 autres heures de l’année ?
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Voici un choulet de 1,3 kg visible à l'estaminet picard "Chez Marius"
à Gézaincourt dans la Somme.
Ce choulet a été donné par Maurice Roches.
La lanière servait surtout à la dernière mariée du village de lancer assez haut le choulet juste avant que les 2 clans d'hommes ne se le disputent.
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On remarquera que le choulet est constitué de 16 morceaux de cuir cousus
et qu'un ensemble de lanières servant à maintenir le choulet pour le jeu
renforce cette structure qui est souvent mis à mal car autant les célibataires que les mariés sont fiers de montrer leurs forces. |
Un peu de sociologie:
C'est un jeu, dit-on. "Drôle de jeu" pour lequel les célibataires reconnaissent que les hommes mariés ont quelque chose de « plus » qu’eux-mêmes. Et bien entendu, par effet de miroir, les mariés parlent des célibataires avec une certaine condescendance. Les deux camps ont recours à un vocabulaire qui traduit l’envie d’un «passage» d’un état à un autre. Voilà, le mot est lâché : «passage». Et qui dit «passage», sous-entend «rite de passage». Cela nous conduit au tréfonds des mentalités que les hommes d’aujourd’hui ont hérité de leurs ancêtres chasseurs-cueilleurs préhistoriques. Il ne s’agit pas d’un jeu, mais d’un rituel. D’un rituel printanier, comme il en a été inventé, adapté, institué à travers tous les continents pour affronter les aléas de cette période particulière de l’année. Rituel printanier lunaire, qui suit le rituel solaire du solstice d’hiver. Après une telle assertion, je n’échapperai pas à un brin d’explication pour tous les citadins qui ont perdu l’habitude de regarder le ciel ailleurs que sur l’écran de la météo à la télévision. Le cycle « solaire » ? C’est simple. C’est celui immuable du soleil qui se lève chaque jour le matin pour se coucher le soir. Qui du solstice d’été - des feux de la Saint Jean -au solstice d’hiver – Noël – descend chaque jour un peu plus sur l’horizon, alors que les journées raccourcissent. A deux autres moments de l’année, les parcours célestes diurnes et nocturnes du soleil sont équivalents : ce sont les équinoxes de printemps et d’automne. Pour la lune, c’est plus compliqué. On n’est jamais certain de la trouver la nuit, lorsqu’on lève les yeux au ciel. Et si on la voit, sa forme et sa position ne sont jamais les mêmes d’un jour à l’autre. Déroutant. Mais revenons à la choule. Elle se déroule au deux extrémités d’un comput symbolique de 40 jours , celui du Carême. La choule a en effet lieu le Mardi-gras (la veille du Mercredi des cendres où débute le carême) et le lundi de Pâques (le lendemain du jour de Pâques où se termine le carême) . Masculin - féminin On peut aller plus loin. Dire par exemple que le rituel de Noël est « masculin ». Parce que, premièrement, il célèbre la naissance d’un « héros mythique ». Ensuite, parce qu’il est calé sur un repère solaire. Celui du solstice. Et que le soleil est généralement connoté « masculin », ses caractéristiques étant considérées comme traditionnellement « masculines » : puissance de la lumière, régularité, … Par contre, le rituel de Pâques est « féminin », parce que calé sur un cycle lunaire. Et que la lune est généralement connoté « féminine » : faiblesse de la lumière, irrégularité (apparente), … sans parler du cycle des règles féminines de la même durée que le cycle lunaire, mais cela tout le monde le sait. Ou presque. Sa nature féminine relève également du contexte du rituel. On est au printemps, en attente d’une nouvelle germination, de la reproduction des animaux … et de celle des humains. On ne connaît pas ceux qui, des Francs, des Gallo-romains, des Celtes ou des Paléolithiques, ont « créé » cette fête de renouveau au printemps, mais s’ils l’avaient perçue comme « masculine », ils l’auraient calé – comme Noël - sur le rythme solaire, c’est-à-dire à l’équinoxe de printemps, dont Pâques est parfois très éloigné. Passif-actif Risquons nous à aller encore un peu plus loin dans l’élaboration de nos hypothèses. Bien que « masculin », le rituel de Noël, celui solaire du solstice, pourrait être ressenti comme une fête « passive ». Les humains n’ont pas grand-chose à faire. La date semble fixée pour toujours et elle est connue de tous. L’espoir, l’attente sont les mots qui sont prononcés pendant les cérémonies de cette journée : on attend d’être « sauvé » pour les chrétiens ! Ce qui n’est pas rien. Mais on se contente de prier, de chanter. Rares sont aujourd’hui les processions aux flambeaux , exceptionnels, les « feux de Noël », le pendant hivernal des « feux de la Saint-Jean ». Dans tous les cas, à l’inverse de la fête estivale, il ne demeure aucune dimension sexuelle dans le rituel de la fête de Noël. Choule de 2010 .